Le droit du travail est un droit un peu particulier. En son cœur repose une réalité fondamentale : la relation entre l’employeur et l’employé n’est pas une relation égalitaire. Un corps spécifique, l’inspection du travail est chargée de la faire respecter. Ce corps de contrôle, dont l’histoire remonte au milieu du XIXe siècle, a d’abord eu pour mission de faire respecter l’interdiction du travail des enfants de moins de huit ans. Depuis 1946, la France s’est engagée dans le cadre de l’Organisation internationale du travail, à maintenir un service indépendant de contrôle du travail.

Cette reconnaissance juridique minimale de l’exploitation salariale et de la domination qui l’accompagne est régulièrement remise en cause. La baisse des effectifs au sein de l’Inspection du travail en est une illustration. C’est une forme d’attaque indirecte des droits des salariés et de contestation de la formalisation du salariat comme relation asymétrique. 
 
Désormais, la pression intervient dès la formation. Des élèves inspecteurs jugés trop vindicatifs ont été contraints de redoubler leur première année de formation quand d’autres n’ont pas été titularisés après leurs stages.

En avril dernier, Radio France révélait pourtant qu’un rapport alertait sur une ambiance morose. Les baisses d’effectifs, de 16 % entre 2015 et 2026, ont entraîné une surcharge importante de travail. Le manque de soutien hiérarchique face aux conflits avec les employeurs, qui peuvent être violents, était également dénoncé. S’y ajoute une culture du chiffre (100 contrôles par an) qui réduit la portée réelle des inspections et fait perdre le sens de leurs missions aux agents. 

Un nouveau seuil a été franchi quand le premier ministre a encouragé à ne pas respecter le caractère chômé du Premier mai. Des inspecteurs dans l’Isère ont été empêchés dans leurs missions par leur direction et l’un d’eux a même été physiquement agressé pour avoir protesté. Pas gêné, le chef du gouvernement a persévéré et mis en scène son soutien à un patron sanctionné pour avoir forcé ses employés à travailler le 1er mai.

L’humiliation pour les inspecteurs du travail ne pouvait être plus grande et le mépris pour les droits des salariés plus clair.