Le Premier ministre a annoncé, le 23 avril, un projet de loi « urgence relance logement » que le Sénat devrait examiner dès le mois de juin. Cette énième série d’annonces masque mal les multiples erreurs commises sous l’ère Macron, qui rendent aujourd’hui difficile toute sortie de crise dans le secteur du logement.

Il est vrai que tous les signaux sont au rouge et que l’ensemble des acteurs du secteur tirent la sonnette d’alarme. L’enquête menée par l’Unccas en 2025 confirme un basculement : la crise s’étend désormais à des territoires jusque-là relativement préservés et touche des profils de plus en plus diversifiés — étudiants, salariés, familles, seniors. Ainsi :
- 65 % des CCAS ont reçu au moins une demande de mise à l’abri ;
- 45 % ont accueilli de nouveaux publics, dont 32 % de salariés en CDI ;
- les 46–55 ans constituent désormais la tranche la plus représentée.
Concrètement, les dispositifs d’urgence ne concernent plus uniquement les publics les plus précaires : ils deviennent un recours pour des ménages insérés qui basculent, faute de solution accessible.

Le décalage est immense entre l’ampleur du problème et les mesures proposées. Il révèle un cruel manque d’ambition. Le gouvernement tente de nous expliquer qu’il met sur la table « 500 millions d’euros accordés à 700 bailleurs sociaux pour qu’ils construisent plus et rénovent davantage ». Mais attention : il ne fait ici que rendre une partie du milliard d’euros prélevé chaque année sur les bailleurs sociaux via la Réduction du Loyer de Solidarité (RLS), mise en place depuis 2018, et dont les effets délétères sont bien connus.

Le projet confirme la création d’une troisième génération de rénovation urbaine (Anru 3), prévue pour 2030-2040. Plus large que les précédentes, elle ciblerait aussi les centres-villes dévitalisés, les petites villes et certains territoires ruraux, avec un volet sécuritaire renforcé. Cette extension suscite toutefois des réserves, notamment celles de l’AMF, qui craint une dilution des moyens destinés aux quartiers prioritaires.

Le texte prévoit également un nouvel acte de décentralisation, en transférant aux maires volontaires la part du contingent préfectoral dans l’attribution des HLM (30 % du parc), sous réserve du respect du Dalo. Les élus pourraient ainsi mieux « orienter la politique de peuplement ». On peut craindre ici des discriminations et que certains élus choisissent qui vient habiter la commune, y compris dans les logements sociaux. 

Pour accélérer la construction, le gouvernement veut appliquer une méthode « Notre-Dame/Jeux olympiques », mais sans les milliards qui vont avec, en permettant à certains projets municipaux de bénéficier de procédures simplifiées et de dérogations limitées aux PLU, sans remettre en cause l’objectif de zéro artificialisation nette.

Enfin, le projet autoriserait temporairement la relocation des passoires thermiques (F et G), à condition d’engager des travaux rapides pour atteindre au moins la classe E. Environ 700 000 logements seraient concernés.