Témoin des pires atrocités, dont le génocide de 1994 à l’encontre des Tutsi aura été un point culminant, la région des Grands Lacs africains ne connaît pas de répit.
Ces dernières semaines, les provinces congolaises du Nord-Kivu et du Sud-Kivu font l’actualité. Les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23), aidés par les soldats rwandais, se sont emparés de Goma, au nord du lac Kivu, avant de pousser jusqu’à Bukavu au sud et de la prendre – le lac est bordé à l’ouest par la République du Congo et à l’est par le Rwanda. Les forces de la RDC, auxquelles se sont adjoints quelque 10 000 soldats burundais, se sont fait déborder en quelques heures. Un ordre d’évacuation avait été donné aux soldats de l’armée régulière, qui ont fui avec leur famille, gonflant les chiffres des réfugiés tentant de rejoindre le Burundi voisin.
Kinshasa accuse le Rwanda d’ambitions expansionnistes ainsi que de vouloir piller les riches ressources des deux Kivu : coltan, cassitérite (minerai d’oxyde d’étain), or, cobalt, rubis, pierres semi-précieuses, mais aussi bois tropicaux et productions agricoles. Les minerais sont la proie d’une économie frauduleuse militarisée, installée depuis une quinzaine d’années. Kigali dément et justifie les invasions par la menace que représentent pour sa sécurité les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), créées par d’anciens responsables hutu en fuite et désireux de reprendre le pouvoir.
La situation sur place se détériore fortement, entraînant de graves violations des droits humains et des abus : exécutions sommaires, y compris d’enfants, violences sexuelles... Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a répété vouloir « éviter à tout prix une escalade régionale ». Il est à craindre un nouveau bain de sang après les deux guerres du Congo (1996-1997, 1998-2003) et leurs six millions de morts.
