Après deux mois d’arrêt forcé, les clubs de football professionnels reprennent les compétitions avec dans le viseur l’obtention des droits TV. Ce qui représente un pactole inévitable pour être concurrentiel sur le marché des transferts qui connait une inflation exponentielle : de Zinedine Zidane avec son transfert record de 75 millions d’euros en 2001 à 222 millions d’euros qu’a déboursé le PSG en 2017 pour les pieds de Neymar.

En France, les droits TV de la Ligue 1 représenteront 1,2 milliards d’euros pour la saison 2020-2021, suite à l’accord Médiapro et Bein, contre 600 millions aujourd’hui pour Canal+ et Bein. Les chaines de TV détentrices des droits, ont décidé unilatéralement d’annuler le versement des droits TV pour la saison actuelle. Les clubs se retrouvent face à la pression financière de ne pas percevoir de recettes tout en ayant des dépenses engagées, comme les salaires des joueurs.
Au Portugal, le championnat a repris sous la pression de ses trois grands clubs, Benfica, FC Porto et le Sporting Portugal, qui captent à eux seuls plus de 90% des droits TV de la ligue, pour garder leur place dans les grandes compétition européennes. La L2 portugaise pourtant aussi professionnelle, n’a pas repris car les enjeux financiers ne sont pas à la même hauteur.

Les championnats reprennent leurs activités lucratives au Portugal et en Allemagne dans des stades vides. Les intérêts économiques sont tels que les supporters sont relégués au statut de spectateurs.

45 groupes de supporters ultras dont la Brigade Loire du FC Nantes, ont réagi. Ils n’imaginent pas un stade sans public, un football réduit à un programme télévisuel, dénonçant « l’indécence » des dirigeants du football en pleine crise sanitaire.
Le football comme sport populaire prend un sévère tacle lorsque les logiques qui le dirigent sont exclusivement financières.
Cette crise qui tend à augmenter les inégalités entre les clubs professionnels vient également creuser le fossé entre le football professionnel et amateur.
Les entraînements des clubs amateurs reprennent doucement sans contact et sans ballon depuis le 18 mai. Toute cette période a eu un impact social étant donné le rôle du sport dans la société comme outil de socialisation, d’éducation et d’émancipation. Ceci est peut-être encore plus vrai pour le football, sport universel par excellence.

La gestion de la crise sanitaire dans le football vient intensifier les difficultés que rencontraient déjà les clubs amateurs, avec la suppression des emplois aidés dans le milieu associatif ou encore le manque de financements. C’est donc un véritable enjeu que les clubs amateurs aient les moyens de reprendre leur activité et de remplir leur rôle de lien social.

Ce sont les licenciés qui vont devoir attendre le plus avant de pouvoir taper dans le ballon quand les clubs pros continuent d’engranger des sommes colossales. La reprise des compétitions laisse sur le côté tout ce qui fait du football un sport populaire.