Steve Nouveau est chauffeur routier, une profession dont on a peu parlé pendant le confinement mais qui a pourtant joué un rôle essentiel.

NLA : Le confinement a bousculé les habitudes d’un grand nombre de travailleurs, chômage partiel, télétravail ou rotation d’équipe... Pour toi ça a changé quoi ? 

Steve : Pas grand-chose sinon l’intensité du travail qui est soutenue, je transporte essentiellement des denrées alimentaires en température dirigée (frigorifique) qui va des fruits et légumes venant du Sud (Perpignan...) que je livre dans les M.I.N bretons ainsi que les plateformes Leclerc/Sys. U/Intermarché... Je recharge ensuite en surgelés, produits de la mer ou volailles/viandes qui redescendent dans le sud ou vers Rungis... C’est plus compliqué car les pénuries sont fréquentes, les clients pas toujours satisfaits et le dernier maillon de la chaîne, c’est moi... 

NLA : Les conditions de travail sont devenues très dures, quelles mesures ont été prises pour pallier à cela ?

Steve : La réglementation du transport étant très protectrice pour les chauffeurs en temps normal, les patrons ont des dérogations pour les mois dit «exceptionnels» (travail le week-end/repos réduits...) l’été et Noël... 
Grâce à notre Sinistre du travail, l’exception devient la norme...

NLA : Vous assurez les approvisionnements et évitez ainsi toute pénurie alimentaire, au même titre que les soignants les chauffeurs routiers se plaignent-ils du manque de matériel de protection ?

Steve : Je respecte les gestes barrières et mes clients sont très tatillons, je respecte… encore que... j’ai eu le déplaisante expérience d’être traité comme un «pestiféré» dangereux ou même une conversation était de trop... Nous ne sommes pas des chiens, voir les douches et les WC supprimés sur les autoroutes (où au le prix d’une douche à 6€ !) sans avoir de plats chauds (même si c’est de plus en plus facile de trouver grâce aux restos qui font de la vente à emporter). Le retour à la normale sera pas si tranquille si les patrons pensent pouvoir nous supprimer nos congés et nos repos respectifs, les routiers sont sympas mais pas niais !

NLA : Après plus d’une semaine de déconfinement, la situation va-t-elle mieux ?

Steve : A part la circulation qui est redevenue dense, non je ne trouve pas. Je retrouve de nombreux clients, très inquiets sur la poursuite de leurs activités, l’épée de Damoclès du reconfinement pèse sur les esprits. 

NLA : Beaucoup de salariés pensent que le gouvernement a fait passer les intérêts économiques avant leur santé et celle de leur famille, que se dit-il aujourd’hui dans la profession ?

Steve : Personnellement, j’ai vécu les deux derniers mois avec une anxiété croissante en écoutant toutes les «conneries» du Gouvernement, beaucoup de mes collègues ont fait jouer leur droit de retrait lorsque les clients étaient dangereux dans l’exercice de leur travail, la réponse de mon patron : une prime de 300€ pour les travailleurs assidus (triste) les autres tintin... Je n’ai pas la réponse car chacun fait au mieux pour son foyer, soyons juste prudents pour nos proches et les gens qui sont autour de nous... 

NLA : Pour vous, que doit-on faire pour ce que certains appellent désormais «le jour d’après» ?

Steve : J’ai entendu beaucoup de choses intéressantes, les travaux des communistes sont de nature à donner une ligne directrice, il y aura des projets de développement et de travail, de toute façon nous n’avons pas le choix, entre la blonde Pen perdue et le retour des droites prêtes à rejouer le 19ème siècle...