Avec  leurs avions cloués aux sols, les compagnies aériennes subissent de plein fouet les effets de la crise du covid-19. La suspension de la majorité des vols n’est pas sans conséquence pour l’industrie aéronautique puisque les commandes et les livraisons d’avions sont reportées. L’enjeu économique et social est de taille puisque ce secteur industriel est le fleuron des exportations  françaises et il représente 200 000 emplois en France dont plus de 20 000 en Loire-Atlantique. Des centres de recherche jusqu’aux chaînes de montage, le savoir-faire de l’industrie « aéro » française est incontestablement reconnu. Pourtant, depuis le mois de mars, le ralentissement de l’activité, principalement chez le premier avionneur mondial Airbus, a des répercussions sur l’emploi aéronautique. L’activité d’Airbus Nantes a baissé de 30% et 1/3 des salarié-é-s sont en activité partielle. Une activité partielle qui révèle des inégalités de traitement entre des personnels encadrants qui télétravaillent à plein temps et les salariés de la production qui sont à temps partiel et dont les salaires sont  amputés de 8%. 

Dans le cadre de l’état d’urgence et des ordonnances Macron, la direction et les organisations syndicales, hormis la CGT, se sont entendues pour réorganiser la production : temps de travail de 30H/semaine, 10 jours de congés imposés, 10 jours à récupérer pour certains,  jours fériés travaillés. La CGT Airbus dénonce les régressions sociales : si la baisse de la production est réelle, le discours de la direction du groupe, auprès des salariés, est volontairement catastrophiste pour justifier des mesures de diminution des coûts de production : non renouvellement des CDD, fin des missions intérim et récupération de métiers délégués aux sous-traitants. Des sous-traitants comme Daher ou Stélia  qui dépendent des commandes d’Airbus. 

Le groupe Airbus serait-il en danger ? A en croire la direction et les actionnaires du groupe, oui. La baisse de la production, le report des livraisons, la baisse du cours de l’action boursière mettrait en péril l’entreprise. Cette vision de court terme élude un contexte bien différent. 

Le groupe connait une croissance constante depuis des décennies, il est aujourd’hui le premier avionneur mondial. Son principal concurrent Boeing connait de nombreux déboires techniques et voit ses ventes s’effondrer, seul Airbus peut répondre aux besoins de l’aviation civile dans les années à venir. Même si l’année 2020 est moins favorable et que l’A380 n’a pas eu le succès escompté, les perspectives d’avenir sont encourageantes pour cette entreprise aux « reins » solides qui réalise chaque année des résultats nets très importants. Avec les limitations des déplacements internationaux, les vols courts et moyens courrier vont être privilégiés, la gamme A320, l’avion le plus commercialisé au monde, répond à ces caractéristiques. Il est « l’avion de sortie de crise » et les recherches avancées sur l’avion « décarbonné », un atout fondamental. Enfin, nul doute que la France ou les autres pays européens membre du consortium Airbus, soutiendraient massivement la filière si cette aide était impérative. Pour la CGT, la crise sanitaire doit permettre de repenser l’organisation du  travail, de donner plus de pouvoirs aux salarié-e-s dans les choix faits par l’entreprise, de consacrer les dividendes versés aux actionnaires pour la défense de l’emploi, le soutien aux entreprises sous-traitantes et le passage à la semaine de 32H.