L’histoire de l’entreprise Ascometal basée en Moselle, qui produisait des aciers spécifiques à l’industrie automobile entre autres, illustre parfaitement le rapport publié l’an passé par Fabien Gay sur les aides publiques aux entreprises et l’absence de conditions quant au bon déroulement des plans économiques initialement prévus. Devenue NovAsco en décembre 2024 après sa reprise par le fonds d’investissement britannique Greybull, l’aciérie s’est vue octroyée une aide d’un montant de 85 millions d’euros avec l’engagement d’investir 90 millions d’euros par le repreneur. Moins d’un an après, Novasco est placée en redressement judiciaire...
De son côté, l’État a bel et bien versé l’entièreté des 85 millions, côté Greybull seulement un million et demi d’euros ont été déboursés, très loin des engagements promis lors du rachat d’Ascometal. Résultat un plan de licenciement qui laisse sur le carreau plus de 500 salariés sur les 700 que compte l’entreprise.
Cette situation n’est pas sans rappeler d’autres cas similaires dans l’industrie française comme ceux d’ArcelorMittal également aciériste, Vencorex dans le secteur de la chimie ou encore Michelin fabricant de pneus. La reprise de NovAsco était-elle la goutte de trop dans cet océan d’abus de la part des fonds d’investissements privés ? En ce début d’année, l’État français a décidé de porter l’affaire devant les tribunaux, à la fois au Tribunal des affaires économiques de Paris pour demander réparation mais aussi dans une procédure civile liée à la non-exécution du contrat et dans le but de dénoncer la déloyauté de Greybull, invoquant l’article 313-1 du code pénal en référence aux escroqueries. Une action collective engageant l’État et 476 des 531 salariés du site d’Hagondange de NovAsco afin de dénoncer le plan de licenciement. Une première audience est prévue le 7 mai prochain mais la procédure prévoit au minimum une année avant qu’une décision ne soit annoncée.
De toute évidence, cela met en avant la nécessité d’un conditionnement réel des aides publiques versées aux entreprises, surtout dans le cas des plans de sauvetage des sociétés en difficulté. Le fonds d’investissement londonien est d’ailleurs spécialisé dans la reprise de ces dernières mais semble manifestement avoir une seule et même volonté : profiter de la situation et de l’argent public !
