Pour Krystel Gualdé, commissaire de l’exposition, la « sorcière » recouvre une diversité de sens et de réalités. L’exposition nous les fait découvrir, depuis les magiciennes antiques jusqu’aux écoféministes d’aujourd’hui en passant par l’horreur des procès en sorcellerie.
Les deux œuvres introductives nous plongent dans l’univers des sorcières de notre enfance. Au milieu d’une forêt féerique faite de magnifiques pans de toile peinte, se dresse un sinistre ensemble d’animaux empaillés : on est dans l’ambiance ! À suivre, la réalité historique. Alors que la femme commune est vue comme très inférieure à l’homme, les magiciennes de la mythologie sont belles, puissantes et parfois vénérées. Cela va changer.
À la fin du Moyen Âge, l’Église désigne les « hérétiques » comme responsables des maux du siècle : peste, guerres et famines. Les Juifs déicides bien sûr, et la femme sexuée, celle qui entraîne l’homme dans le péché de chair, à l’opposé de l’idéal de la Vierge reproductrice véhiculée par l’Église. Une mécanique infernale (Inquisition, dénonciations, procès et bûchers) frappe les femmes souvent seules et fragiles, très différentes de la sorcière fantasmée amplement représentée au Sabbat nue sur son balai.
Le XIXe siècle est très différent : les sciences occultes, dépénalisées, sont en vogue. Dans les campagnes, on sollicite guérisseuses et voyantes. Un célèbre essai de Jules Michelet réhabilite la sorcière : femme proche de la nature, puissante, libre et rebelle au système patriarcal. Aujourd’hui, cette image est revendiquée par les écoféministes. Dans le registre de la pensée magique, la sorcière fleurit dans la variété des guérisseurs (naturopathes, géobiologues, iridologues...).
Œuvres d’art, animations, incunables et extraits littéraires parfois stupéfiants font vivre pour nous le fantasme durable de la sorcière et une réalité changeante de la condition féminine. À voir et à revoir !
