L’expérience du Rojava est le résultat de décennies de lutte du peuple kurde et de sacrifices considérables. Elle a donné naissance à un modèle démocratique pluraliste fondé sur la coexistence des peuples et des croyances. Aujourd’hui, cette expérience est confrontée à une tentative de liquidation menée avec l’aval implicite du système international.
La situation a atteint un tournant critique après la réunion de Paris du 6 janvier, à laquelle ont participé les États-Unis, la France, Israël et le régime de Damas, incluant des forces issues de réseaux auparavant liés à Daech et à Al-Qaïda. Dans la foulée, des attaques massives ont visé les quartiers kurdes de Şeyh Maksut et d’Eşrefiye à Alep. Soutenues techniquement et militairement par l’État turc, ces offensives visent à redessiner la région en éliminant les Kurdes et leurs acquis politiques.
Alors que les puissances internationales cherchent à affaiblir l’expérience démocratique du Rojava, l’État turc et les forces de Damas poursuivent une logique de revanche face à la défaite infligée à Daech en 2015. Profitant du silence international, l’offensive s’est étendue à l’est de l’Euphrate, faisant planer la menace d’une attaque de grande ampleur pouvant s’étendre jusqu’au Kurdistan du Sud.
Sous la pression des États-Unis et du Qatar, certaines tribus arabes au sein des Forces démocratiques syriennes (FDS) ont changé de position, dans le but d’attiser un conflit entre Arabes et Kurdes. Pour prévenir cette escalade et protéger la population, les FDS ont procédé à un redéploiement stratégique de leurs forces.
Malgré les politiques d’effacement menées contre eux, les Kurdes ont démontré leur refus de se soumettre, du Kurdistan à l’Europe. Cette mobilisation a mis en lumière la solidité de leur unité nationale. L’accord du 28 janvier entre les FDS et les forces de Damas ouvre désormais un processus de négociation essentiel, portant notamment sur le statut de l’Administration autonome et l’avenir des YPG (Unités de protection du peuple) et YPJ (Unités de protection de la femme), acteurs majeurs de la lutte démocratique et de l’émancipation des femmes.
Ce qui se joue aujourd’hui dépasse la seule question kurde : c’est l’avenir démocratique des peuples et les valeurs universelles qu’ils défendent qui sont en danger. Si la France se présente comme observatrice et garante, notre tâche prioritaire sera de lui rappeler ses responsabilités et de l’appeler à agir en conséquence.
Serdem Rojhilat
(Traduit du turc par Gulasor Uzunpinar)
