Le traité de défense annoncé le 15 septembre entre l’Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis baptisé AUKUS vient renforcer le climat de guerre qui s’installe sur la zone indo-pacifique.
Cette notion géographique est utilisée au sein des états-majors pour désigner la vaste étendue maritime par laquelle transite l’essentiel du commerce mondial. Une puissance qui dominerait les portes d’entrée et les détroits de la région s’assurerait ainsi d’une hégémonie globale. Le renforcement de la marine chinoise alerte les milieux militaires anglo-saxons, inquiets à l’idée de perdre leur domination maritime.

La livraison – à horizon 25 ans – de sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire à l’Australie par son allié américain est donc une menace pour la paix et la stabilité de la région. Le risque est de voir ce pays, qui ne dispose pas de la puissance nucléaire, développer une filière d’enrichissement d’uranium afin de subvenir aux besoins de sa flotte. Au contraire de la non-prolifération recherchée par la communauté internationale, les États-Unis prennent le risque de nucléariser la zone indo-pacifique.

Corée, Taïwan, conflits territoriaux en mer de Chine du sud… les zones de tension ne manquent pourtant pas en Asie-pacifique. Les États-Unis possèdent des bases militaires au Japon, en Corée, aux Philippines et près de 75 000 soldats états-uniens sont en poste en Asie orientale. Aucun autre État n’a une telle présence en dehors de ses frontières. Cette présence militaire n’est en rien un atout pour la paix puisqu’elle vient menacer la souveraineté des États de la région. En février déjà, l’envoi d’une flotte franco-britannique en mer de Chine avait mis de l’huile sur le feu (voir NLA n°1042).

Ces grandes manœuvres stratégiques servent en réalité un intérêt : enfermer la Chine populaire dans la tradition américaine du « containment ». Afin de diversifier ses zones d’exportation, la Chine cherche à travers les nouvelles routes de la soie ou BRI à se relier plus facilement à la grande zone eurasiatique. La République populaire n’est plus seulement l’atelier des capitaux nord-américains, japonais et européens, elle est une puissance souveraine dont le développement menace l’unilatéralisme des États-Unis. Le parallèle avec la guerre froide est souvent mis en avant : la situation actuelle est différente puisque les logiques de blocs ne prévalent pas dans l’Indo-pacifique. De même, l’interdépendance est tellement forte entre les principaux acteurs que le nouvel équilibre de la terreur est économique. Enfin, la mise en équivalence entre les États-Unis et la Chine invisibilise la disproportion des moyens et des actions entre les deux.